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1 décembre 2014

Avis partagés sur l’architecture

 

Avis partagés sur l'architecture dans thèse flvvesquisse

le 20 octobre 2004

Frank Gehry se trouve à dix mille mètres d’altitude au dessus de l’océan Atlantique. Un avion le transporte jusqu’à Madrid où il s’apprête à donner une conférence dans quelques heures. Il a posé devant lui une feuille blanche, d’un blanc cassé et sans grain : Frank Gehry dessine au stylo.

Sur la page, des lignes semblent prendre appui les unes sur les autres, comme si un coup de vent les avait rabattues dans un effet domino. Il s’agit en réalité d’une seule et même ligne qui s’enroule sur elle-même dans la partie haute du dessin et devient plus tendue vers le bas.

Le croquis est isolé au centre de la page ; il ne touche pas les bords et se tient de façon autonome. C’est une forme avec un contour net, une forme finie. Frank Gehry, enfoncé dans son siège, scrute cette forme comme pour la faire parler : « Qu’as-tu à me dire ? Qu’est-ce que tu représentes ? ».

 

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le 20 octobre 2014

Dans le bois de Boulogne, la journaliste de France 2 promène sa caméra autour du bâtiment de la fondation d’entreprise Louis Vuitton. Elle a déjà pris plusieurs plans larges pour situer le bâtiment dans son contexte de verdure, des plans rapprochés de l’entrée et de la texture des façades.

Le Soleil décline et les reflets sur la paroi de verre du bâtiment l’empêchent de filmer. Pourtant elle reste, avec le sentiment que son travail n’est pas fini, qu’il reste encore quelque chose qu’elle n’a pas saisi. Devant le spectacle de cet objet isolé, de cette forme indéfinie, elle se demande : « Qu’est-ce que je vois là ? Qu’est-ce que c’est que ce bâtiment ? ».

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L’architecte et le spectateur vivent une expérience du même ordre : ils cherchent à interpréter le bâtiment, à le rendre intelligible. S’ils parviennent à mettre un mot sur ce qu’ils voient, le bon mot, alors l’image du bâtiment se fixera dans leur esprit et il pourra devenir un repère, un lieu qu’on reconnait.

Oui mais entre l’architecte et le spectateur, celui qui sait le mieux ce qu’est le bâtiment c’est Frank Gehry ! C’est son idée à lui qui a donné cette forme !

On pourrait dire aussi que, comme un film ou un tableau, le bâtiment de Gehry peut supporter plusieurs interprétations. « C’est un nuage ! » dit le premier, « un     insecte ! » renchérit le second, « moi je vois un vaisseau spatial ». Personne n’a raison ou tord, le bâtiment est ce que chacun peut y reconnaitre.

Mais alors mon interprétation en tant qu’architecte ne vaut pas mieux que celle de ma petite cousine qui est en CE1 ?

Si ! L’expérience vécue et l’étude de l’architecture permettent de porter un regard plus fin sur l’environnement bâti. Le critique d’architecture, par exemple, peut situer l’œuvre de Gehry dans l’Histoire et tisser des liens avec d’autres bâtiments dont ta petite cousine ne soupçonne même pas l’existence ! Avec son expérience des centaines de lieux qu’il a visités, étudiés, éprouvés, il saura mieux nommer ce qu’il a devant lui.

Mais malgré toute son expérience, le critique ne peut prétendre à une vérité universelle qui vaudrait pour tous et pour toujours. Les critiques ne sont pas toujours d’accord entre eux et certains changent même de regard sur une œuvre au bout d’un certain temps…

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Sommes-nous alors condamnés à apprécier l’architecture individuellement ? L’architecte est-il l’artiste égocentrique qu’on l’accuse d’être ? Ne composant qu’à partir de ses propres lubies ? Puisqu’il ne pourra jamais accéder à celles des autres ?

Les critiques d’architecture se trouvent pourtant parfois d’accord dans leur interprétation d’un bâtiment. Pour en dire du bien ou du mal. Et pas seulement les critiques : les habitants aussi peuvent se mettre à chanter en chœur les louanges d’une construction ou à en déplorer l’allure. Par exemple le Mucem à Marseille a suscité un enthousiasme quasi unanime.

Il semblerait donc que la réception de l’architecture puisse être une expérience partagée. Comment arrive-t-il alors que toutes ces subjectivités isolées puissent se retrouver d’accord sur des questions aussi imprévisibles que les goûts et les couleurs ? Qu’est-ce qui fait cette « communion émotionnelle » (le terme est emprunté au sociologue Michel Maffesoli) ?

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Je propose une hypothèse à trois échelles :

- la première est l’échelle individuelle. Selon sa propre expérience et sa connaissance de l’architecture, chacun va comparer un bâtiment avec ceux qu’il a déjà fréquentés. On peut donc conclure que deux personnes ayant fréquenté les mêmes lieux, le même quartier, au même moment et donc avec les mêmes références auront tendance à réagir de façon similaire devant à un nouvel édifice ?

- la seconde échelle est celle de la société. Nous partageons des valeurs et des codes sociaux qui s’expriment dans l’architecture. On sait reconnaître une maison d’une mairie, on peut différencier un immeuble haussmannien d’un immeuble Art déco, une architecture noble d’une architecture populaire. Ça veut bien dire que nous avons des clés de lecture communes pour appréhender l’architecture ?

- enfin, faisons le pari qu’il existe de grandes catégories architecturales communes à l’ensemble des êtres humains. Comme Claude Lévi-Strauss a su mettre en évidence les similitudes entre les mythes fondateurs des différentes cultures, on peut imaginer que de la même façon certaines dispositions architecturales se retrouvent sur l’ensemble de la planète. Ce qui mènerait à l’idée que nos attentes en termes d’architecture seraient contenues au plus profond de chaque être humain ?

Si l’on commence à réfléchir sérieusement à ces trois hypothèses, peut-être arriverons-nous à mieux comprendre ce qui nous anime dans l’architecture.

Par hugo grail le 1 décembre, 2014 dans thèse
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