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29 mai 2018

Heureux hasards et malencontres

La cité administrative Grüner à Saint-Étienne

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La Cité administrative Grüner c’est comme une tour de bureaux, mais à l’horizontale. On retrouve les grandes façades vitrées nécessaires à faire entrer la lumière naturelle jusqu’au cœur du bâtiment, qu’on appelle murs rideaux parce qu’elles passent, tel un voile continu, devant la structure porteuse. Ni les nez de dalles ni les poteaux n’apparaissent sur la façade, ce qui lui donne un aspect très lisse et uniforme.

On reconnait aussi des espaces typiques de l’architecture monumentale : un porche et son parvis tournés vers la rue Mimard, le grand escalier au Nord, les trois toits-terrasses, la ruelle intérieure. On trouve donc une grande variété de qualités spatiales concentrées en un seul bâtiment, ce qui est assez remarquable.

Malgré ça, l’immeuble donne une drôle d’impression : c’est comme si ces événements architecturaux qui le parcourent n’étaient rien d’autre qu’une addition de heureux hasards. Ils ne semblent pas être à l’origine du projet mais plutôt découler des choix d’implantation et de volumétrie qui les auraient engendrés incidemment. Ce qui fait pencher vers cette hypothèse c’est qu’ils ne sont pas mis en valeur : il n’y a pas de banc sous le porche, la porte d’entrée n’est pas accentuée.

L’escalier monumental ne débouche sur rien ou, plus exactement, il débouche sur un passage piéton et la terrasse d’une boulangerie. Il semble n’être là que pour répondre à la topographie du site mais ne propose ni gradins, ni plantations. Il n’y a pas non plus de rampe pour les vélos, pour les poussettes ou les valises à roulettes et les main-courantes qui filent sur toute la longueur de l’escalier empêchent de le traverser dans la diagonale (du fait, apparemment, d’une modification postérieure pour mise aux normes « d’accessibilité », (allez comprendre)). Pour finir, une partie de l’escalier se termine en cul-de sac, bloquée par un garde-corps…

De même, les terrasses accessibles depuis le troisième et le quatrième étages ne sont rien d’autre que des surfaces lisses recouvertes de dallettes en béton. Elles n’ont pas d’assise, pas de table, rien pour s’abriter du soleil. En somme, elles n’ont pas grand chose d’une terrasse. Il n’y a finalement que la ruelle intérieure qui, avec ses lampadaires disséminés et ses bandes signalétiques au sol, ressemble effectivement à une rue.

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On a l’impression que l’effort de conception s’est arrêté aux première phases du projet. La volumétrie générale a été intelligemment pensée ; elle permet de contenir une grande surface de bureaux sans pour autant créer un ensemble fermé. Une tour, ç’eut été trop haut. Un bloc plein, trop épais pour faire rentrer la lumière naturelle. Ce bloc évidé, qui rappelle aussi le Monolithe à Lyon Confluence, semble être la bonne forme.

Mais le bâtiment est resté bloqué sur cette image d’un prisme pur, d’un objet très lisse, sans débord ni altération ni adaptation au fonctionnement des espaces. La façade se voulant parfaitement lisse ne supporte pas de protections solaires extérieures. Des stores ont été installés à l’intérieur mais ne suffisent pas à maintenir une température confortable ; il faut donc refroidir par climatisation.

Deux textures ont été choisies pour habiller les façades : des murs rideaux composés de vitrages et de panneaux opaques le long des rues, et des murs de béton peints en jaune, percés de petites fenêtres disposées de façon irrégulière pour la ruelle intérieure. Cette répartition aléatoire des pleins et des vides rend les façades plus animées ; mais ces textures appliquées sans soin, sans attention, engendrent des incohérences à l’intérieur. Des fenêtres se retrouvent sous les bureaux des employés, au niveau de leurs pieds. Des fausses fenêtres ont été appliquées à la sous-face des porches. Des panneaux pleins du mur rideau se retrouvent dans l’axe d’un couloir alors qu’à l’inverse, on trouve des surfaces vitrées derrière des poteaux. D’autres poteaux encore tombent à l’intérieur d’une salle de réunion, rendant l’aménagement difficile. Enfin, le bureau le plus prestigieux, situé au dernier étage du porche en porte-à-faux, se retrouve pris entre deux diagonales de la structure dont une barre la vue sur le paysage !

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Il n’y a donc aucun travail d’ajustement entre la volumétrie du bâtiment, la structure qui en découle et l’aménagement intérieur. On aurait pu imaginer par exemple que les poteaux et les diagonales soient intégrés dans des cloisons, que le hall d’entrée, sous le porche, se développe sur une double hauteur visible depuis l’extérieur. On aurait positionné la cantine à côté d’une terrasse pour qu’elle déborde sur l’extérieur les jours de beau temps…

Bien sûr, on peut se dire que ces décalages créent des surprises, de l’étonnement, que la structure suit sa propre logique de façon autonome, qu’elle sera encore là quand les bureaux auront déménagés et seront remplacés par d’autres usages et d’autres agencements. Bien sûr on peut se raconter des histoires. Mais on pourrait aussi considérer l’hypothèse inverse et dire que précisément, l’architecture est le contraire du hasard. On soutiendrait alors que l’architecture c’est d’arranger les choses, de les organiser. On proclamerait que le premier travail de l’architecte c’est d’apaiser les espaces, de les rendre harmonieux. Parce que sinon il n’y a plus rien à faire : si on pense qu’il existe une harmonie du désordre, une beauté du dysfonctionnement, une vérité dans le chaos, alors l’architecte peut lâcher son crayon et partir en vacances aux Bahamas !

Cette Cité Grüner a manqué d’attention et c’est dommage parce que là où du soin a été apporté c’est assez réussi : on pense aux halls d’entrées entièrement habillés de miroirs, avec une fenêtre reprenant les dimensions des boîtes aux lettres. On y trouve même un petit miracle au seuil de l’entrée principale : une mosaïque de carreaux de carrelage qui devaient rester là à la fin du chantier et qui montre qu’il suffit pourtant de pas grand chose pour passer d’un espace générique, simplement fermé et chauffé, à un lieu qui devient habitable.

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Par hugo grail le 29 mai, 2018 dans critique
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